Le volume 17 de Neophilologica, sous la direction de Wiesław Banyś, réunit un ensemble d’études consacrées aux relations entre sémantique lexicale, structures syntaxiques, représentations cognitives et pratiques discursives dans les langues romanes et dans leurs interactions avec d’autres systèmes linguistiques. Les contributions réunies dans ce numéro explorent la manière dont les langues structurent et interprètent l’expérience humaine, en articulant des perspectives issues de la linguistique cognitive, de la phraséologie, de la morphologie lexicale, de l’analyse du discours et de la linguistique contrastive.
L’ensemble du volume met en évidence la diversité des approches contemporaines de la description linguistique, allant de la modélisation formelle du lexique à l’étude des représentations culturelles et cognitives inscrites dans les structures linguistiques.
Représentations cognitives et image linguistique du mondePlusieurs contributions examinent la manière dont les langues construisent des modèles cognitifs de la réalité et reflètent des représentations culturelles du monde.
Dans Représentations cognitives opérées par les langues, Jean-Pierre Desclés propose une réflexion théorique sur la relation entre diversité linguistique et diversité des représentations cognitives. L’auteur défend l’idée que les langues reposent sur des primitives sémantiques permettant d’expliquer à la fois les invariants cognitifs et la variabilité linguistique.
Cette problématique est également explorée par Józef Sypnicki et Jolanta Dyoniziak dans Sur la représentation linguistique de la femme en français et en polonais, où les auteurs analysent les stéréotypes linguistiques associés à la figure féminine à partir d’un vaste corpus de proverbes, de métaphores et d’expressions figées. L’étude met en évidence trois profils cognitifs dominants — physique, psychologique et social — qui structurent l’image linguistique de la femme dans les deux langues.
Dans Occhio all’italiana – cioè il ruolo dell’occhio nell’immagine linguistica del mondo italiano, Aleksandra Kosz examine le rôle du concept d’occhio dans la construction de l’image linguistique du monde italien. L’analyse distingue plusieurs profils conceptuels — structural, fonctionnel, intellectuel ou émotionnel — révélant la richesse métaphorique et symbolique associée à cet élément central de l’expérience perceptive.
Lexique, polysémie et modélisation linguistiqueUn second axe du volume concerne les structures lexicales et leur traitement théorique ou computationnel.
Dans Désambiguïsation des sens des mots et représentation lexicale du monde, Wiesław Banyś aborde la question de la polysémie lexicale et propose un modèle de représentation orienté-objets destiné à améliorer les processus de désambiguïsation sémantique, notamment dans les applications de traduction automatique.
La problématique de la traduction automatique est également étudiée par Krzysztof Bogacki dans Le traitement de l’article dans la traduction automatique du polonais vers le français, qui analyse les difficultés rencontrées par les systèmes de traduction lorsque ceux-ci doivent passer d’une langue dépourvue d’articles à une langue où ces éléments jouent un rôle central dans la structuration de l’énoncé.
Dans Répercussions des activités humaines dans les collocations verbo-nominales, Grażyna Vetulani examine les structures verbo-nominales comme instruments linguistiques permettant de représenter les activités humaines. L’étude montre que ces collocations constituent un domaine privilégié pour la modélisation ontologique des comportements humains et pour la description formelle du lexique.
Morphologie, grammaticalisation et structures syntaxiquesLes processus morphologiques et l’évolution des structures grammaticales sont analysés dans plusieurs contributions du volume.
Dans Morphème opportuniste et lexicalisation d’inférences : la préfixation négative in-, Denis Apothéloz étudie les propriétés sémantiques et morphologiques de la préfixation négative en français et montre comment certaines formes dérivées lexicalisent des inférences sémantiques non compositionnelles.
Une perspective historique et typologique est proposée par Mikołaj Nkollo dans La vision de l’espace dans les syntagmes locatifs kazakhs et français. L’auteur analyse les mécanismes de grammaticalisation qui conduisent à l’expression des relations spatiales dans deux langues typologiquement éloignées, en montrant comment des unités lexicales concrètes peuvent évoluer vers des marqueurs grammaticaux abstraits.
Phraséologie et métaphorisation du corpsLa phraséologie et la métaphore constituent un autre thème du volume.
Dans Les images de la tridimensionnalité du corps humain vues à travers les expressions figées françaises et polonaises, Witold Ucherek compare des locutions somatiques dans les deux langues et montre comment les axes fondamentaux de l’orientation spatiale du corps — verticalité, perspectivité et latéralité — structurent les représentations métaphoriques de l’espace et de l’expérience humaine.
Discours, stratégies narratives et genres médiatiquesPlusieurs contributions abordent également la dimension discursive et textuelle des phénomènes linguistiques.
Dans Stratégies discursives : discours direct, discours indirect, discours indirect libre, Zlatka Guentchéva analyse les mécanismes linguistiques du discours rapporté et leurs fonctions dans l’organisation narrative.
De son côté, Ewa Miczka, dans L’approche fonctionnelle du discours : traitement de l’information au niveau supraphrastique, propose une description hiérarchique des structures thématiques et rhématiques permettant de modéliser la circulation de l’information dans le discours.
Les pratiques discursives contemporaines sont également étudiées par Isabelle Laborde-Milaa dans Le portrait de presse : images et paroles d’un monde en crise, où l’auteure examine le portrait journalistique comme dispositif discursif de représentation sociale.
Enfin, Marcela Świątkowska, dans Oh là là ! ou le monde reconstruit par les petits mots sans importance, analyse le rôle pragmatique et expressif des interjections et des expressions onomatopéiques dans la structuration du discours.
Pris dans son ensemble, le volume met en évidence la richesse des recherches contemporaines sur la relation entre structure linguistique, cognition et représentation culturelle, et souligne la fécondité du dialogue entre linguistique cognitive, sémantique lexicale, phraséologie, analyse du discours et traductologie.
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO