Le volume 23 de Neophilologica est consacré à l’étude du figement linguistique et à son articulation avec la théorie des trois fonctions primaires du langage — prédicats, arguments et actualisateurs. Ce cadre théorique, développé notamment dans les travaux de linguistique lexicale et syntaxique, permet d’examiner le rôle des unités figées dans la structuration des énoncés et dans l’économie générale des systèmes linguistiques. Les contributions réunies dans ce numéro, introduites par Wiesław Banyś et présentées par Salah Mejri dans « Présentation de la discussion sur le figement linguistique et les trois fonctions primaires (prédicats, arguments, actualisateurs) », explorent les dimensions lexicales, syntaxiques, cognitives et discursives de ce phénomène.
Un premier ensemble d’articles examine le figement dans ses manifestations lexicales et grammaticales ainsi que les outils permettant son analyse empirique. Aude Grezka, dans « La base de données Figement », présente la construction d’une base lexicographique destinée à recenser et décrire les expressions figées, en particulier les locutions adverbiales, en vue de leur exploitation dans le traitement automatique des langues. Dans une perspective complémentaire, Dhouha Lajmi analyse les verbes supports complexes comme actualisateurs figés de prédicats non verbaux dans « Le verbe support complexe : un actualisateur figé de la prédication non verbale ».
Plusieurs contributions explorent ensuite le fonctionnement syntaxique et sémantique des unités polylexicales. Alicja Hajok, dans « La détermination complexe dans l’approche contrastive polonais-français », examine les déterminants complexes dans une perspective contrastive, tandis que Monia Bouali étudie le rôle du transfert métaphorique dans « Les trois fonctions primaires et le transfert métaphorique : le cas des unités du type à Poss apogée, à Poss zénith ». Les propriétés fonctionnelles des locutions adverbiales sont analysées par Lassâad Oueslati dans « Les locutions adverbiales figées : étude des fonctions primaires », tandis que Luis Meneses s’intéresse aux réseaux synonymiques des prédicats polylexicaux dans « La polysémie et le réseau synonymique des prédicats polylexicaux ».
Un autre axe du volume porte sur les locutions conjonctives, l’inférence et la créativité discursive. Asma Mejri examine le degré de figement des locutions conjonctives dans « Le degré de figement des locutions conjonctives dans les relations transphrastiques : le cas de l’hypothèse et de la condition ». Marco Fasciolo, dans « Inférences figées », propose une réflexion originale sur la relation entre figement lexical et stéréotypie cognitive. Enfin, Lichao Zhu analyse les phénomènes de défigement et de créativité textuelle dans « Création lexicale et créativité textuelle : cas du figement et du défigement ».
La seconde partie du volume élargit la perspective vers des questions de traduction, de discours et de linguistique cognitive. On y trouve notamment des études sur la traduction automatique (Anna Czekaj, « Question de métonymie dans la traduction automatique »), la désambiguïsation lexicale (Michał Hrabia, « Désambiguïsation des sens du prédicat adjectival farouche dans le cadre d’une approche orientée objets »), les structures informationnelles du discours (Ewa Miczka, « Modèles de structures informationnelles globales de discours » et « Relations entre les cadres de l’expérience dans le discours — exemple du fait divers »), ainsi que sur l’expression des valeurs dans une perspective cognitive (Katarzyna Kwapisz-Osadnik, « L’expression des valeurs dans une approche cognitive »).
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO