Le volume 19 de Neophilologica, sous la direction de Wiesław Banyś, réunit un ensemble de contributions consacrées aux relations entre sémantique lexicale, structures syntaxiques, linguistique cognitive et analyse du discours. S’inscrivant dans la tradition des recherches menées au sein de l’Institut des Langues Romanes et de la Traduction de l’Université de Silésie, ce numéro explore différents aspects de la description linguistique des langues romanes dans une perspective contrastive, cognitive et lexicographique.
Les articles présentés dans ce volume examinent notamment les structures prédicatives, la désambiguïsation lexicale, la phraseologie, la néologie sémantique et la conceptualisation linguistique, tout en accordant une attention particulière aux applications en traduction et en lexicographie électronique. Ensemble, ces travaux témoignent de la diversité méthodologique des recherches contemporaines sur la structuration du sens dans les langues romanes.
Lexicographie électronique et modélisation du lexiqueDeux contributions s’inscrivent dans la perspective de la lexicographie computationnelle et de la modélisation des classes d’objets, cadre théorique développé dans les recherches sur les bases de données lexicales orientées objets.
Dans Traduction assistée par ordinateur – espérances trompeuses ou réalité possible ? Description lexicographique du vocabulaire des sucreries en québécois selon l’approche orientée objets, Aleksandra Chrupała propose une application de cette approche à la description lexicographique du vocabulaire des confiseries dans la variété québécoise du français. L’étude montre comment la structuration du lexique en classes d’objets et réseaux de prédicats permet d’améliorer la désambiguïsation lexicale et d’ouvrir des perspectives pour la traduction automatique.
Dans une perspective proche, Beata Śmigielska, dans Remarques sur la traduction automatique et le contexte, examine le rôle déterminant du contexte dans l’interprétation des unités lexicales, mettant en évidence les limites des systèmes automatiques lorsqu’ils ne prennent pas en compte les contraintes discursives.
Temps verbaux, modalité et structures prédicativesLa relation entre temps, modalité et interprétation du sens constitue un second axe de recherche majeur du volume.
Dans Traduction du futur antérieur de probabilité en polonais, Ewa Ciszewska analyse les stratégies employées pour traduire cette valeur modale du futur antérieur français en polonais, montrant que la probabilité exprimée par cette forme verbale est souvent rendue par des verbes modaux, des adverbes d’opinion ou des constructions modales spécifiques.
La question de l’expression temporelle est également étudiée par Katarzyna Kwapisz-Osadnik dans Les temps passés en français dans une perspective cognitive, où l’auteure propose une analyse des temps du passé fondée sur les principes de la linguistique cognitive et de la conceptualisation des événements.
Les relations entre prédicat et structure nominale sont abordées par Dhouha Lajmi dans Verbes supports complexes et actualisation des prédicats nominaux : approche contrastive, qui examine les mécanismes d’actualisation des prédicats nominaux dans différentes langues.
Dans L’équivalence prédicative : le cas d’une racine prédicative, Inès Sfar explore les conditions syntaxiques et sémantiques permettant d’établir l’équivalence entre différentes structures prédicatives.
Sémantique lexicale et organisation conceptuelleUn troisième ensemble de contributions porte sur la structure du lexique et les mécanismes de formation du sens.
Dans Néologie sémantique et noms propres : le cas de l’antonomase, Agnieszka Konowska analyse les processus par lesquels des noms propres deviennent des unités lexicales communes, mettant en évidence les mécanismes sémantiques et discursifs de l’antonomase.
Les relations entre métaphore et conceptualisation sont examinées dans plusieurs études. Agnieszka Pastucha-Blin, dans Le metafore della nozione di dubbio nella lingua italiana, explore les représentations métaphoriques du doute en italien, tandis que Taoufik Massoussi, dans Métonymie et classes d’arguments, analyse le rôle de la métonymie dans la structuration des relations argumentales.
Dans La classe de « phénomènes naturels » – essai de définition, Magdalena Perz propose une réflexion sur la catégorisation sémantique de ce domaine lexical.
Corps, langage et héritage sémantiqueLes questions liées à la structuration lexicale du corps humain sont abordées dans deux contributions d’Anna Grigowicz : Problème d’héritage sémantique dans la description des parties du corps et Parties du corps et leurs opérateurs dans l’approche orientée objets.
Ces travaux examinent la manière dont les unités lexicales désignant les parties du corps s’organisent en réseaux sémantiques structurés par des relations d’héritage et par des prédicats caractéristiques.
Métaphore, discours et représentation socialeLa dimension discursive et sociolinguistique est également explorée dans plusieurs contributions.
Dans ¿Por qué no queremos a los inmigrantes? La metáfora como reflejo de las relaciones sociales, Anna Nowakowska analyse le rôle des métaphores dans la construction discursive des représentations sociales liées à l’immigration.
Les mécanismes de persuasion dans le discours politique sont étudiés par Joanna Jereczek-Lipińska dans Un mot pour convaincre. De l’impact du mot « libéral » en politique à l’exemple de la campagne référendaire sur le Net.
Enfin, Ewa Miczka, dans L’application des notions de cadre de l’expérience et d’événement cognitif à l’analyse du discours – cas du fait divers ainsi que dans Quelques remarques sur la constitution de l’objet d’études de la linguistique textuelle – des grammaires de texte à un modèle cognitif de discours, examine les outils conceptuels permettant d’analyser la structure cognitive du discours.
Lexique verbal et traduction contrastiveLe volume comprend également plusieurs études consacrées à la description sémantico-syntaxique des verbes et à leur traduction.
Dans Les emplois spatiaux du verbe monter, leurs schémas syntaxico-sémantiques et équivalents polonais, Aleksandra Żłobińska-Nowak analyse les structures argumentales associées aux emplois spatiaux du verbe monter.
La même auteure poursuit cette réflexion dans Désambiguïser et traduire sortir en polonais dans le cadre d’une approche orientée objets, où elle montre comment la classification en classes d’objets peut contribuer à la désambiguïsation et à la traduction des verbes polysémiques.
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO