Le volume 18 de Neophilologica, sous la direction de Wiesław Banyś, réunit un ensemble de contributions qui illustrent la diversité des recherches consacrées aux langues romanes dans leurs dimensions sémantiques, syntaxiques, discursives, contrastives et didactiques. Le numéro met en dialogue des travaux relevant de la linguistique théorique, de la linguistique cognitive, de la traductologie, de la lexicographie, de l’analyse du discours, de l’histoire des traditions grammaticales et de la didactique du plurilinguisme. Pris dans leur ensemble, ces articles montrent combien la description linguistique contemporaine gagne à articuler les niveaux grammatical, lexical, textuel et culturel.
Un premier ensemble de contributions porte sur la structuration du lexique, la catégorisation grammaticale et les modèles de description sémantique. Dans Phénomènes naturels – une esquisse orientée-objets, Magdalena Edut propose une modélisation lexicographique fondée sur l’approche orientée-objets, appliquée à la classe des phénomènes naturels ; elle met en relation cette démarche avec WordNet, le modèle Sens-Texte et la structure qualia, en soulignant l’intérêt d’une représentation lexicale fondée sur les attributs et les opérations associées aux unités. Dans Adjectif possessif français – essai d’une description ethnosémantique, Alicja Kacprzak montre que l’adjectif possessif, loin d’exprimer uniquement la possession propre, encode une pluralité de relations de connexité, de production ou de dépendance. Dans Ces substantifs qui sont parfois adjectifs en français, espagnol et polonais, Mirosław Trybisz examine les phénomènes de transcatégorisation entre substantif et adjectif dans une perspective contrastive. Cette réflexion est prolongée par Małgorzata Nowakowska dans Les adjectifs ethniques sont-ils des adjectifs de relation ?, où les adjectifs dits ethniques sont analysés comme formes à statut sémantique fluctuant, susceptibles de fonctionner tantôt comme prédicats, tantôt comme arguments. Enfin, dans Le subjonctif français et le congiuntivo italien dans une perspective cognitive. Une ou deux images du monde ?, Katarzyna Kwapisz-Osadnik compare deux catégories grammaticales apparemment proches afin de montrer qu’elles relèvent de schémas sémantico-cognitifs distincts et, partant, de deux manières de structurer l’expérience.
Un second axe concerne la traduction, la médiation du sens et les images du monde véhiculées par les langues. Dans On + voir dans la traduction polonaise, Elżbieta Skibińska analyse les interprétations de la construction française on + voir dans des traductions polonaises de Simenon et met en évidence les choix entre rendu perceptif et simple localisation spatiale. Dans Quand le futur antérieur n’exprime pas le futur, Ewa Ciszewska étudie la valeur rétrospective du futur antérieur, particulièrement fréquente dans la presse, où cette forme sert à dresser un bilan d’événements passés. La représentation du temps narratif est au centre de l’article d’Elżbieta Biardzka, Monsieur Spitzweg vit à Paris depuis trente ans. Image du temps dans le roman de Philippe Delerm Il avait plu tout le dimanche, qui montre comment l’alternance des temps grammaticaux construit les différentes strates du récit. Dans El concepto del “color” en los fraseologismos españoles y polacos, Cecylia Tatoj examine les expressions idiomatiques liées aux couleurs en espagnol et en polonais, en mettant au jour les mécanismes de conceptualisation métaphorique et symbolique. Cette réflexion sur la langue comme expression d’une vision culturelle du réel trouve un prolongement direct dans Lo específico de las imágenes del mundo en la lengua española evidenciado a través de los problemas de traducción, où María Paula Malinowski Rubio montre comment la traduction fait apparaître les différences socioculturelles qui structurent les façons de percevoir et d’ordonner le monde. Enfin, Teresa Tomaszkiewicz, dans La traduction intersémiotique ou comment traduit-on des images ?, élargit la réflexion à la transposition entre codes linguistiques et visuels, en comparant traduction interlinguale et traduction intersémiotique.
Le volume accorde également une place importante aux représentations culturelles, aux traditions discursives et à l’histoire linguistique. Dans Stéréotypes animaux dans le Roman de Renart, Teresa Giermak-Zielińska analyse les stéréotypes attachés aux figures animales du cycle renardien et montre comment le jeu entre comportements humains et traits animaux produit un effet burlesque tout en reflétant l’imaginaire social médiéval. Dans Il Seicento – secolo delle prime grammatiche della lingua italiana in Polonia, Stanisław Widłak retrace l’histoire de l’enseignement de l’italien en Pologne et l’apparition des premières grammaires de cette langue, situant ce développement dans le contexte plus large des échanges culturels entre la Pologne et l’Italie et de la constitution des traditions grammaticales européennes.
Enfin, plusieurs contributions ouvrent le numéro vers la didactique des langues, l’autonomie de l’apprenant et la compétence plurilingue. Dans Autonomie de l’apprenant et préparation à la médiation interculturelle, Weronika Wilczyńska insiste sur l’importance de l’identité bi- ou plurilingue comme base du développement de la compétence interculturelle et de la médiation entre cultures. Dans Approche intégrée autonomisant et intensifiant l’efficacité de l’enseignement/apprentissage multimédial, Paweł Plusa montre comment les technologies de l’information, les centres de ressources et les environnements multimédiaux peuvent renforcer l’autonomie et l’efficacité de l’apprentissage des langues. Cette réflexion trouve un écho dans L’effet du bilinguisme sur l’acquisition du français – langue troisième, où Halina Widła analyse les défis théoriques et méthodologiques liés à l’apprentissage du français comme troisième langue, dans un contexte européen où le plurilinguisme devient un objectif éducatif central.
Dans son ensemble, ce volume met ainsi en évidence la fécondité du dialogue entre sémantique lexicale, syntaxe, linguistique cognitive, traductologie, histoire linguistique et didactique des langues. Il offre une image particulièrement riche des recherches menées autour des langues romanes, où l’étude des formes linguistiques s’accompagne constamment d’une réflexion sur les pratiques discursives, les médiations culturelles et les conditions d’apprentissage.
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO