Le volume 22 de Neophilologica constitue un hommage à Stanisław Karolak, sous la direction de Wiesław Banyś, est consacré aux études sémantiques et syntaxiques des langues romanes et rend hommage à l'éminent linguiste Stanisław Karolak, créateur d'une conception novatrice de l'analyse de la langue en termes de structures prédicatives, fondateur de notre revue, figure majeure de la linguistique mondiale de la seconde moitié du XXe siècle, qui, comme le dit Georges Kleiber au début de son texte: "À la mémoire de Stanislas Karolak, qui, mieux que d’autres, a su, avec une lucidité rayonnante et une féconde, car logique, bonne humeur, dé-jouer plus d’un paradoxe du sens".
Dès les premières pages, le ton de ce numéro est donné par deux textes liminaires qui allient mémoire intellectuelle et hommage personnel : Wiesław Banyś, dans « Staszek Karolak », retrace l’itinéraire scientifique du chercheur, rappelle l’ampleur de son œuvre et souligne la portée durable de sa grammaire à base sémantique fondée sur les notions de prédicat, d’argument, de quantification, de détermination et de structure thématique-rhématique ; Izabela Pozierak-Trybisz, dans « Właśnie taki pozostanie z nami… » [« C’est précisément ainsi qu’il restera avec nous… »], propose un portrait plus personnel du maître et du pédagogue, en insistant sur l’énergie intellectuelle, la force théorique et l’influence formatrice de Karolak sur plusieurs générations de linguistes.
Un premier ensemble de contributions s’inscrit dans une perspective théorique, typologique et historico-comparative, au cœur des intérêts de Karolak. Dans « Parallèles phonétiques romano-slaves », Leszek Bednarczuk met en lumière des convergences structurelles entre évolutions phonétiques romanes et slaves. Dans « Causes et inférences », Gaston Gross examine les relations entre causalité linguistique et mécanismes inférentiels, dans un cadre où la structuration du sens dépend étroitement de l’organisation des relations prédicatives. Georges Kleiber, dans « L’autonymie, en faisant l’école buissonnière », propose une réflexion sur l’autonymie et ses déplacements théoriques, tandis que Michele Prandi, dans « La grammaire dans les dictionnaires : le cas des verbes », s’intéresse à la manière dont les dictionnaires traitent l’information grammaticale et à ce que la description verbale révèle des rapports entre lexique et grammaire.
Un deuxième axe du volume concerne l’aspect, le temps grammatical et leurs implications syntaxiques et traductologiques, domaine central dans l’héritage karolakien. Magdalena Karolak, dans « Autour de la notion d’aspect : problèmes choisis de la traduction du passé imperfectif polonais en français », analyse les difficultés de transfert entre deux systèmes aspectuo-temporels hétérogènes. Małgorzata Nowakowska, dans « Le “paradoxe de l’imperfectivité” dans la perspective de la théorie de S. Karolak », revient sur l’un des problèmes les plus subtils de l’aspect verbal dans le cadre de cette théorie. Dorota Sikora et Józef Sypnicki, dans « Ce qui change avec le temps (grammatical)… Substitution passé composé / imparfait et imparfait / passé composé dans les phrases plurielles en français », étudient les effets de substitution entre formes verbales françaises et montrent comment les valeurs aspectuo-temporelles se redéploient dans des structures phrastiques plus complexes.
Plusieurs articles prolongent ensuite la réflexion sur la structure lexicale, les prédicats et la sémantique grammaticale. Dans « Les ressources lexicales dans les langues contrôlées », Krzysztof Bogacki analyse les contraintes lexicales imposées par les langues contrôlées et montre comment la réduction de la polysémie et de la synonymie vise à limiter l’ambiguïté. Lucyna Marcol, dans « Semantica lessicale dei verbi sintagmatici in italiano. Analisi intra-/interlinguistica del VS mettere fuori », étudie la sémantique lexicale des verbes syntagmatiques italiens à travers une approche intra- et interlinguistique. Izabela Pozierak-Trybisz, dans « Apport de l’analyse sémantique dans la recherche sur les prédicats de communication : du sens d’un prédicat au texte et à la traduction », montre comment l’analyse sémantique des prédicats éclaire à la fois le fonctionnement textuel et les problèmes de traduction.
Le volume comprend également des travaux consacrés à la structure informationnelle du discours et à la détermination, deux domaines essentiels dans les recherches de Karolak. Ewa Miczka, dans « Le rôle de l’enchaînement rhématique dans la structure informationnelle de discours », analyse la dynamique de progression informationnelle et la contribution de l’enchaînement rhématique à la cohérence textuelle. Teresa Muryn, dans « La détermination en polonais : un déterminant zéro ? », examine la question de la définitude et de l’indéfinitude dans une langue sans article grammatical, à partir de la théorie intentionnelle de l’article élaborée par Karolak.
Pris dans son ensemble, ce volume fait apparaître l’unité profonde d’un champ de recherche centré sur les relations entre sémantique, syntaxe, aspect, détermination et structure informationnelle. En articulant hommage intellectuel et travaux de recherche, il montre combien l’œuvre de Stanisław Karolak continue d’organiser et d’inspirer des investigations théoriques, contrastives et appliquées.
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO