Le volume 33 de Neophilologica réunit un ensemble de contributions consacrées aux enjeux théoriques et méthodologiques de la linguistique contemporaine ainsi qu’aux interactions entre analyse linguistique, études textuelles et sciences du langage. Dirigé par Wiesław Banyś, Gaston Gross et Beata Śmigielska, ce numéro propose une réflexion collective sur les orientations actuelles de la recherche linguistique et sur les voies susceptibles de renouveler l’articulation entre description empirique et modélisation théorique.
L’ensemble des contributions s’inscrit dans une perspective qui considère la linguistique comme une discipline fondamentalement théorique, tout en reconnaissant la diversité de ses applications dans des domaines tels que la lexicographie, la linguistique informatique, l’analyse du discours ou encore la linguistique cognitive. Les articles réunis dans ce volume peuvent être regroupés autour de plusieurs axes thématiques majeurs.
Perspectives théoriques sur la linguistiquePlusieurs contributions proposent une réflexion sur les fondements théoriques de la discipline. Dans Perspectives pour la linguistique : de la linguistique descriptive à la linguistique explicative, Wiesław Banyś examine les conditions d’une articulation entre description empirique et explication théorique du langage. Cette réflexion se prolonge dans Des perspectives rigoureuses pour la linguistique, où Gaston Gross souligne la nécessité d’outils conceptuels solides pour la description des phénomènes linguistiques.
Dans une perspective épistémologique, Jean-Pierre Desclés, dans La linguistique peut-elle sortir de son état pré-galiléen ?, s’interroge sur les conditions d’une formalisation plus rigoureuse des concepts linguistiques, tandis que Peter Blumenthal, dans Les mots et les savoirs : complexité, explore les relations entre structures lexicales et représentation des connaissances.
Linguistique formelle, syntaxe et sémantiqueUn deuxième ensemble d’articles porte sur les relations entre syntaxe, sémantique et organisation grammaticale. Dans Négation, syntaxe, détermination. Un bilan et des questions, Claude Muller propose une synthèse des recherches sur la négation en français et met en évidence les problèmes théoriques qu’elle soulève.
Dans L’identification des arguments et la hiérarchisation des marges : critères formels et critères conceptuels, Michele Prandi examine les mécanismes qui permettent d’identifier les arguments et les compléments dans la structure des phrases.
Les modèles sémantico-syntaxiques sont également étudiés par Beata Śmigielska dans Modèles sémantico-syntaxiques des prédicats dans la conception de la grammaire à base sémantique de Stanisław Karolak — quelques problèmes et solutions.
Lexique, philologie et évolution linguistiquePlusieurs contributions abordent les questions liées à la dynamique du lexique et à l’évolution des langues. Dans De los datos léxicos y de los textos que los contienen. A propósito del futuro próximo de la filología, José A. Pascual Rodríguez examine le rôle des données lexicales dans l’avenir de la philologie.
Les transformations linguistiques contemporaines sont également analysées par Agnieszka Gwiazdowska dans Coronajerga, covidioma, coronalengua: acerca de los cambios lingüísticos en tiempos de la pandemia, qui étudie l’émergence de nouvelles formes lexicales liées à la pandémie.
Discours, médias et pratiques linguistiquesLes phénomènes discursifs et médiatiques constituent un autre axe du volume. Jolanta Dyoniziak, dans Dimension argumentative et narrative de l’information médiatique à travers des séquences bisegmentales, analyse les stratégies discursives présentes dans les textes médiatiques.
La relation entre langage et société est également abordée dans S’attaquer à la suprématie du masculin sur le féminin : le français inclusif dans les publications des universités françaises dans les réseaux sociaux, où Paweł Golda, Natalia Żywicka et Vanessa Ferreira Vieira examinent les pratiques d’écriture inclusive dans les communications institutionnelles.
Perspectives contrastives et linguistique cognitivePlusieurs contributions adoptent une perspective contrastive et cognitive. Vesna Jovanović-Mihaylov et Lucyna Marcol-Cacoń, dans Fraseologismi con la componente somatica cuore nella lingua croata e italiana, proposent une analyse comparative des expressions idiomatiques liées au mot cœur.
Dans La concettualizzazione del verbo « mettere » in italiano, Aleksandra Paliczuk examine les processus de conceptualisation associés à ce verbe dans la langue italienne.
La dimension cognitive de l’analyse linguistique apparaît également dans Analisi cognitiva degli eventi di parola sul coronavirus SARS-COV-2 e sul morbo COVID-19, où Ryszard Wylecioł étudie la représentation linguistique des événements discursifs liés à la pandémie.
Langue, culture et traductionEnfin, certaines contributions explorent les relations entre langue, culture et traduction. Dominika Dykta, dans Come si esprimono le emozioni durante il cambio di codice dall’italiano al dialetto nella comunità talamonese, analyse l’expression des émotions dans les situations de changement de code linguistique.
Dans Termes exprimant la notion d’amour en grec, leurs traductions adoptées et leur contexte d’emploi dans les Évangiles synoptiques et dans l’Évangile selon saint Jean, Aleksandra Żłobińska-Nowak étudie les enjeux linguistiques et interprétatifs liés à la traduction de concepts fondamentaux dans les textes bibliques.
À travers la diversité des approches et des langues étudiées, ce volume de Neophilologica offre un panorama des recherches contemporaines en linguistique et souligne l’importance du dialogue entre perspectives théoriques, analyses empiriques et applications interdisciplinaires.
Vol. 36 (2024)
Publié: 2024-12-31
10.31261/NEO